Interview de Frédéric Baptiste publiée dans la Gazette des Cuivres N°12, Avril 2009
G.C. - La musique, composée d'une succession de pièces arrangées pour cuivres, est-elle l'élément central du spectacle ?
Frédéric Baptiste - Ce sont les personnages qui sont l'élément central du spectacle "Dans le vent". Tel était le souhait des artistes du Quatuor 1084°C quand nous nous sommes rencontrés. Et cela tombait bien car c'est ce que j'aime : que tout parte des personnages, c'est-à-dire des gens, des personnes.
La musique, à l'instar de la comédie musicale anglo-saxonne intervient dans le récit. Quand le personnage se retrouve dans une situation émotionnelle trop forte pour continuer à parler, il se met à jouer de son instrument, ou à chanter. Et quand les émotions sont trop fortes pour simplement jouer ou chanter ce qu'il ressent, alors il se met à danser.
C'est pour cela que je leur ai proposé de placer nos personnages dans une fosse d'orchestre où ils s'ennuient, pour voir ce que les corps et les imaginaires avaient à raconter. Un sujet s'est imposé : la nécessité de s'évader quand on n'est plus en accord avec soi-même. De se remettre en route vers de nouveaux horizons.
G.C. - Les musiciens formant le Quatuor sont encore novices comme comédiens. Quel travail particulier doivent-ils réaliser pour se libérer totalement sur scène ?
Frédéric Baptiste - Le seul travail à faire est d'être toujours au plus proche de soi, de ses émotions, de sa singularité. Ils ont la fraicheur, l'énergie, la spontanéité des novices. Le pari sera de recréer cette fraicheur à chaque fois qu'ils joueront le spectacle. Et pour cela, il n'y a qu'une solution : travailler, répéter, s'interroger, creuser, aller plus loin, oser se connaître vraiment pour ne jamais faire semblant.
Les membres du quatuor ont écrit le passé et l'histoire de leurs personnages. On ne peut pas entrer en scène sans être chargé d'un imaginaire, d'une histoire, d'un désir, d'une intention. Tout cela donne vie aux personnages. Cela lui donne une épaisseur, une conscience, une âme, un inconscient.
G.C. - Vous avez récemment participé à la mise en scène, aux Folies Bergères, de "Cabaret", spectacle de Broadway dont la musique est au coeur, avec musiciens sur scène. Est-ce que ceci vous inspire pour créer les personnages de "Dans le vent" ?
Frédéric Baptiste - Plus exactement, j'ai été le metteur en scène délégué par la production américaine pour assurer la direction artistique du spectacle à Paris, spectacle qui a été monté à Broadway par Sam Mendes et Rob Marshall. "Cabaret" est une pièce de théâtre avec des numéros chantés et dansés. La musique a une place très importante, elle participe au récit. Mais ce sont les personnages et leurs destins tragiques qui sont au coeur de l'oeuvre.
"Dans le vent" est un spectacle beaucoup plus léger dans son propos, modeste dans sa mise en scène et dans sa production. Les personnages de "Dans le vent" n'ont pas été créés en référence à quoi que ce soit. Ce sont les acteurs, c'est-à-dire les humains, les êtres vivants qui m'inspirent. Sur ce projet, ils sont quatre : Marc André, Pascal Benech, François Michels, Vincent Mitterrand.
Il y a également Matyas Simon, un jeune acteur et auteur, très doué pour composer des personnages hors-normes, bancals. Il a collaboré avec moi à l'écriture du livret. Quand nos six imaginaires et nos six sensibilités se frottent, ça n'inspire plus, ça expire !...
G.C. - Comment dénommer l'univers de "Dans le vent", théâtre musical, musiques mises en scène, spectacle musical ...?
Frédéric Baptiste - Les anglo-saxons le nomment "musical". En France, nous ne savons pas nous mettre d'accord sur un terme précis.
Spectacle musical ? Comédie musicale ?
Peu importe, puisque pour tout vous dire, "Dans le vent" est un road-movie musical !...